Sortir du mensonge et trouver ses propres voies (1)

S’il est une croyance qui domine le monde occidental depuis plusieurs décennies, peut-être plusieurs siècles, c’est bien la suivante :

La richesse, la possession, la matérialité, seraient génératrices de bonheur.

Tout montre, aujourd’hui, qu’il s’agit d’un mensonge, d’une sorte d’hallucination collective.

 

Pourquoi l’argent ne fait pas le bonheur, sur un plan individuel

 

Il est évident qu’il est plus facile de nous sentir bien, si nous savons que nous aurons un toit pour dormir et de quoi manger demain, ainsi que les jours qui suivront : ceci correspond aux besoins élémentaires, physiologiques. Il est naturel de chercher à les combler et pour ce faire, nous avons besoin d’argent, valeur d’échange universelle.

Mais une fois dépassé ce stade, ce qui est le cas (de loin !) pour la majeure partie de la population des pays occidentaux, l’accroissement de richesse ne génère pas de bonheur.

Le  pêcheur mexicain


Au  bord de l'eau dans un petit village côtier mexicain, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs poissons. Un Américain complimente le pêcheur sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il  lui a fallu pour les capturer :

-          Pas très longtemps, répond le Mexicain.

-          Mais alors, pourquoi  n'êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ?

Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille.
L'Américain  demande alors :

-          Mais que faites-vous le reste du temps?

-          Je  fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie !

L'Américain  l'interrompt :

-          J'ai un MBA de l'université de Harvard et je peux vous  aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec  l'argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu'à ce que vous possédiez une flotte de  chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous  pourriez négocier directement avec l'usine, et même ouvrir votre propre  usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City,  Los Angeles, puis peut-être New York, d'où vous dirigeriez toutes vos  affaires.

Le Mexicain demande alors :

-          Combien de temps cela  prendrait-il ?

-          Quinze à vingt ans.

-          Et après ?

-          Après, c'est là que ça devient intéressant, répond l'Américain en riant. Quand le moment sera venu, vous  pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions !

-          Des millions ? Mais après ?

-          Après, vous pourrez prendre votre  retraite, acheter une maison au bord de la mer, par exemple dans un authentique village de pêcheurs, faire la grasse matinée,  jouer avec vos petits-enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre  femme et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis !

 

Le « toujours plus » est probablement LE pilier de notre société de consommation. Or, ce cercle infernal est forcément sans fin : en effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, contrairement surtout au simple bon sens, ce qui intéresse la plupart des gens n’est pas ce qu’ils gagnent ni ce qu’ils ont !

 

Daniel Cohen, économiste français, l’explique ainsi : passé un certain niveau (celui qui permet d’avoir un toit et de répondre à ses autres besoins essentiels), la source de la motivation liée à l’argent réside essentiellement dans deux points qui tiennent à la valeur relative de l’argent, et non à sa valeur absolue :

 

-          La vision de ce que je pourrais espérer gagner en plus : parfois, je vais y accéder en partie (par exemple suite à une augmentation de salaire), et je vais l’apprécier… pendant quelque temps seulement ! Car c’est un cercle vicieux : une fois le nouveau gain devenu habituel, « normal », l’aspiration à davantage revient à la charge…

-          La comparaison avec l’autre : mon collègue, mon patron, mon voisin, mon beau-frère… deuxième cercle vicieux, puisqu’il existera toujours des personnes plus riches que moi, quoi que je fasse.


Autrement dit, nous n’apprécions pas ce que nous avons, mais tendons à avoir davantage : davantage qu’avant, davantage (ou au moins autant) que l’autre. Ce qui nous éloigne de la jouissance, en nous focalisant sur ce que nous n’avons pas[1].

 

A cette explication, démontrée par toutes les études, il faut en ajouter au moins une autre : le « regard de l’autre ». Dans un monde matérialiste et narcissique, la richesse et la réussite matérielle suscitent envie et admiration. Nous pouvons tomber dans le piège qui consiste à  chercher l’admiration dans les yeux de l’autre, tout simplement pour avoir le sentiment d’exister (ce qui, en réalité, ne fait que pallier un manque de véritable estime de soi, qui trouve sa source ailleurs).

 

Voici qui explique pourquoi il est actuellement inévitable que tant de personnes se sentent malheureuses dans les pays les plus riches du monde. Ceux-ci ont bâti de bien belles choses, mais ont, au fil du temps, imposé le mensonge que dénonce Alain Souchon[2] : « on nous fait croire… que le bonheur c’est d’avoir… d’en avoir plein nos armoires… dérision de nous, dérisoire ». Alors que là n’est pas notre nature : nous sommes « une foule sentimentale, on a soif d’idéal ».


Si nous désirons toujours davantage, il est évident que nous ne parviendrons jamais à la satisfaction : nous sommes comme des enfants qui, jamais contents de ce qu’ils ont, réclament toujours davantage, en se disant : « comme je serai heureux quand j’aurai cette nouvelle console de jeu ». Concernant les enfants, nous savons qu’ils se mentent à eux-mêmes. Or, le fonctionnement est le même pour les adultes : nous nous mentons. De la même manière que les enfants les plus difficiles à satisfaire sont ceux qui possèdent le plus de jouets, on observe que, passé un certain niveau, les êtres humains ne tirent plus la moindre satisfaction de leur enrichissement. Ils aspirent à davantage, simplement pour… aspirer à davantage. C’est devenu une fin en soi.


On pourra me rétorquer que je focalise sur les personnes aisées, qui ne sont pas la majorité, ce dont je conviens. Ma réponse, politiquement incorrecte dans un pays où il est de bon ton de réclamer toujours plus pour les classes moyennes ou défavorisées, est que le problème est strictement le même, indépendamment de la classe sociale, parce qu’il tient à la psychologie humaine. Le contenu diffère mais le processus est le même, quel que soit le niveau social : là est le piège.


Tel grand patron ne sera pas plus heureux parce qu’il obtiendra une augmentation annuelle de trois cent mille euros. Il changera son système de référence et estimera que son nouveau salaire est devenu pour lui la norme. Les années suivantes, il lorgnera probablement sur des rétributions plus élevées. En plus de sa maison d’habitation, il fera creuser une piscine dans sa résidence secondaire du Var, et s’offrira un petit voilier pour lequel il louera un emplacement annuel à Port-Grimaud. Toutes choses qui font rêver des personnes moins favorisées, mais que lui n’apprécie plus vraiment au quotidien, parce qu’elles sont devenues… juste normales !

 

Tel employé ne sera pas plus heureux parce qu’il obtiendra une augmentation annuelle de deux mille euros. Il changera son système de référence et estimera que son nouveau salaire est devenu pour lui la norme. Les années suivantes, il lorgnera probablement sur des rétributions plus élevées. Il s’offrira une nouvelle télé écran plat HD et pourra enfin prendre un abonnement de téléphone portable pour sa petite dernière de 11 ans… depuis le temps qu’elle le réclame ! Toutes choses qui font rêver des personnes moins favorisées, mais que lui n’apprécie plus vraiment au quotidien, parce qu’elles sont devenues… juste normales !

 

Ce processus ne peut fonctionner durablement car, comme le montrent toutes les approches philosophiques, spirituelles ou psychologiques :

- le bonheur ne peut venir que de l’intérieur de soi, et en aucun cas de l’extérieur. L’extérieur peut être favorisant, mais ne crée rien en ce domaine.

- être heureux implique de jouir de ce que nous avons, d’être dans l’instant présent, et non dans une aspiration permanente à toujours davantage.

Ces deux points seront abordés et creusés plus loin.

 

« Ils perdent leur santé à faire de l’argent et, par la suite, ils perdent tout leur argent à tenter de la retrouver. En pensant anxieusement au futur, ils oublient le présent, de sorte qu’ils ne vivent ni le présent, ni le futur. Finalement, ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir, et ils meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu »

Confucius [3]


[1] Ceci semble donner raison au philosophe allemand Schopenhauer (1788 – 1860), lorsqu’il affirme : « si bien que notre vie oscille entre frustration et ennui : frustration de ne pas avoir ce que l’on désire, ennui de l’avoir et dès lors, de ne plus le désirer… ». Sans doute une des citations les plus désespérantes de l’histoire de la philosophie… mais n’est-ce pas une parfaite illustration des excès de la société de consommation ?

 

[2] Dans Foule sentimentale

 

[3] Philosophe chinois (551 av JC – 479 av JC), dont la pensée fut érigée en doctrine d’état, jusqu’à son bannissement officiel au début du XXè s. Confucius met l’homme au centre, initiant une sorte d’« humanisme chinois ». 

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Commentaires : 3
  • #1

    Véronique Heynen-Rademakers (mercredi, 14 décembre 2011 08:58)

    Merci Fabien pour ce beau message. Il m'arrive souvent de me "laver les yeux", d'ouvrir un regard neuf sur tout ce qui m'entoure et de savourer la chance de vivre la vie que j'ai. Quand j'oublie de le faire, l'extérieur renvoie au manque, à l'absence et le bonheur s'étiole. Heureusement, en un instant, je le bonheur intérieur dont tu parles peut se réveiller ! Il suffit de le décider!

  • #2

    Nicolas Masson (mercredi, 14 décembre 2011 09:12)

    Effectivement, le système dans lequel nous sommes est une fuite en avant de laquelle la société est devenue prisionnière : la consommation. Toutefois, chacun peut faire le choix de ne pas (trop) subir cette injonction en consommant intelligent et raisonnablement (qui veut dire de manière raisonnée, réfléchie). J'achète ce dont j'ai basiquement besoin, je refuse de me laisser endormir par les sirènes de la consommation et je le dis à mes enfants pour qu'ils ouvrent les yeux, je privilégie les productions locales, je boycote ce qui ne répond pas à mes convictions par exemple la mal bouffe,les produits fabriqués à l'autre bout du monde, ...
    Merci Fabien pour ces messages qui nous font réfléchir sur ce que nous sommes dans un environnement pas toujours très adapté.

  • #3

    Maxime Gerbe (mercredi, 14 décembre 2011 10:03)

    Merci pour cette petite note.

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