Le bonheur de Jean-Jacques (nouvelle)

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Jean-Jacques salua son patron, puis sortit en refermant lentement la porte derrière lui. Il pensait ainsi cacher sa joie, mais son humeur était si palpable que l’assistante de direction se demanda quelle mouche avait bien pu le piquer.

Excité comme une puce, il était vraiment content que l’heure lui permît de rentrer immédiatement chez lui, bien plus tôt que d’habitude et néanmoins décemment.

 

Tout en chantant à tue-tête au volant de sa voiture, une Mégane d’occasion récente, il fit un détour par la supérette du quartier. Il se gara en double file et après avoir claqué la portière, fit plusieurs sauts de cabri sur le trottoir. Plusieurs passants s’interrogèrent à sa vue.

« eh bien mon jeune ami, cela fait plaisir de voir un homme heureux ! », lui dit une vieille femme en le croisant.

« Oh, que oui ! » répondit-il en s’engageant, décidé, dans le magasin.

 

Il héla une employée, qui préparait une tête de gondole d’avant-fête avec des bouteilles de vin, essentiellement des Bordeaux rouges et des liquoreux.

« Excusez-moi Madame, je suis très pressé, vous avez du Champagne, je suppose ? Pourriez-vous... tout au bout, puis à droite ? D’accord, merci, bonne soirée ! »

Toujours aussi guilleret, sifflant en slalomant entre les caddies, il traversa les rayons, choisit une bouteille de Mumm sans en regarder le prix, lui qui d’ordinaire se limitait au crémant. De bonne qualité, d’Alsace ou de Bourgogne, mais tout de même du crémant.

Où se diriger : vers la « caisse rapide », six articles maximum par personne mais assez chargée, ou celle d’à côté, une seule cliente avec un caddie rempli à craquer ? Il opta pour la seconde, et adopta sa tactique habituelle en pareille circonstance : une fois placé derrière la femme, toute en rondeurs et à l’air affable, il regarda à plusieurs reprises sa montre, l’air nerveux et inquiet, tout en marmonnant comme pour lui-même : « oh, là là ! ». La femme se retourna : « vous avez l’air pressé… vous n’avez qu’un article ? Voulez-vous passer devant moi ? »

-          C’est très gentil de votre part, mais je ne voudrais pas…

-          Je vous en prie, c’est moi qui vous le propose !

-          Merci, c’est vraiment très aimable.

-          Oh ! Ce n’est rien, une minute de plus ou de moins, cela ne changera pas ma journée !

Jean-Jacques avança, la joie au visage. Quelle belle journée, décidément, tout lui souriait !

A peine franchie la porte de la supérette, il déverrouilla sa voiture sans prêter attention au paquet posé sur sa droite, contre le mur. Il entendit vaguement une phrase que censura son esprit, par automatisme. Il ouvrit la portière et engagea son corps dans le véhicule, lorsqu’il entendit à nouveau, plus faiblement cette fois, comme une plainte traînante : « s’il vous plaît… c’est pour manger ». Alors il tourna la tête vers la gauche, et vit que le tas assez informe était constitué d’un clochard, d’un vieux chien bâtard au poil hirsute qui lui tenait compagnie, d’une couverture peu ragoûtante qui leur permettait de survivre dans le froid de décembre et d’une soucoupe de tassé à café, minuscule mais sans doute suffisante pour recueillir leur gain de la journée.

Comme d’habitude, Jean-Jacques ignora la supplication du vieux et celle, plus forte et plus insistante, de sa propre conscience. Il s’installa au volant et démarra puis, pris d’un remords, il sortit son porte-monnaie et alla donner au clochard une pièce de deux euros ainsi que toutes celles de quelques cents qui y traînaient.

-          Merci, fit le vieux en secouant misérablement sa pauvre tête, ouvrant à peine les yeux.

-          De rien ! répondit Jean-Jacques, avant d’ajouter pour lui-même, en relâchant l’embrayage : c’est mon jour, je peux bien partager un peu !

 

*

 

                « Alors papa, c’est pourquoi, ce Champagne ? » demanda la fille aînée de Jean-Jacques. « Oui mon chéri, quand te décideras-tu à lever le secret, on va le savoir ou non ? » surenchérit Isabelle, son épouse.

-          Minute, on va porter un toast. Mais d’abord, j’aimerais écouter les enfants pour savoir comment s’est passée leur semaine.

Tous les autres se regardèrent, interloqués. Leur père qui leur demandait de raconter leur semaine, dès le vendredi soir ? Pour lui, qui d’ordinaire rentrait fourbu, souvent énervé, à une heure où toute la famille était déjà couchée, voilà qui était assez inhabituel…

Il les écouta avec attention, en pensant qu’il devait partager ce bonheur qu’il ressentait.

Puis, enfin, il leva son verre, imité par sa femme et ses enfants, et annonça très sérieusement : « vous vous rappelez que j’ai accédé à un nouveau poste dans mon entreprise, il y a six mois ? Mais si, vous savez, c’est à cause de lui que j’ai dû travailler énormément, ces derniers temps… Mais non, Marine, ce n’était pas pareil avant, tu exagères, comme toujours ! Oui Lucas, tu as raison : ce qui me faisait rager avant, c’était que je n’avais pratiquement pas été augmenté, alors que mon périmètre de responsabilité, lui, avait largement évolué ! Eh bien, tenez-vous bien : mon patron vient de m’annoncer qu’il m’augmente de dix pour cent ! Dix pour cent, vous vous rendez compte de ce que cela veut dire, surtout dans la période actuelle ? Que tu pourras t’acheter une paire de nouvelles Converse ? Pourquoi pas, Marine… Qu’on va se faire un ciné ce week-end ? On verra… Qu’on va se payer un coupé cabriolet ? Non mais… tu te sens bien, Lucas ? D’accord Carrie, ne pleure pas, je t’offrirai des chaussettes Hello Kitty… Dites, vous avez bientôt fini de me pousser à dépenser dans tous les sens ? Comment ça, ça sert à quoi l’argent, si ce n’est pas pour être craqué ? Vous croyez que je le trouve sous le sabot d’un cheval ? Papa bosse dur pour le gagner, cet argent ! Bon, on le boit, ce verre ? »

 

*

               

                Jean-Jacques entra dans la chambre, et pensa « génial » en voyant que sa femme achevait de se déshabiller. Il se colla contre elle, les bulles de Champagne se mêlant à son euphorie pour lui donner envie de posséder le monde entier. Rien ne pouvait lui résister. Il l’embrassa fougueusement et la fit basculer sur le lit, tout en déboutonnant sa propre chemise, d’une main. Il stoppa son action et se releva, assailli par un doute.

-          Que se passe-t-il, tu n’as pratiquement aucune réaction… tu n’es pas en forme ? As-tu passé une mauvaise journée ?

-          Non, ça va.

-          Mais ?

-          Mais rien.

-          Comment ça, mais rien… Je te connais ! Qu’est-ce qui te dérange ?

-          Rien, je te dis !

-          Bien sûr que si ! Tu n’es pas contente pour moi ? Que dis-je, pour moi… Pour nous ?

-          Mais si, naturellement ! C’est juste que…

-          Que ?

-          Mais non, laisse tomber, ce n’est pas important…

-          Pas important, tu parles… Enfin j’obtiens ce que j’attends, que dis-je, ce que je mérite depuis des années, je suis heureux, et toi…

-          Heureux, heureux… c’est justement ça qui…

-          Ah oui, ça y est, je vois ! Tu vas me ressortir ta théorie : l’argent ne peut pas faire le bonheur, le vrai… le bonheur ça doit venir de l’intérieur, c’est ça ? Eh bien moi pourtant, je te dis que je me sens heureux… vraiment heu-reux ! Je le sais, quand même ! Toi, pour te sentir bien, je ne t’empêche pas d’aller voir ta psy ou de faire tes méditations bouddhistes, pas vrai ? Eh bien ton mari, il est désolé de ne pas être le Dalaï-lama, mais il est heureux, le Jean-Jacques. Heureux d’être dans la vraie vie, d’avoir un bon boulot, et surtout de gagner plus. Chacun son truc !

-          Mais oui mon chéri, ce n’est rien… allez, viens…

Légèrement prise de remords, elle l’attira à nouveau contre elle. Comme d’habitude en pareil cas, Jean-Jacques n’eut pas la force de résister comme il l’aurait voulu, histoire de manifester son désaccord.

 

*

 

                « Et les affaires, ça marche, dans ton secteur ? » demanda Jean-Jacques à Marc, son beau-frère. Ils étaient seuls dans la cuisine, préparant digestifs et tisane, pendant que les femmes s’installaient au salon pour terminer la soirée. Ils avaient partagé un très agréable dîner.

-          Bof, vraiment pas terrible… Tu sais, dans le secteur des transports, en ce moment, on ramasse ! Le patron vient même de demander aux managers d’accepter une diminution de salaire…

-          Ah oui ? Et qu’as-tu répondu ?

-          J’ai accepté, bien sûr ! que voulais-tu que je fasse d’autre… J’aime bien cette société, j’occupe un poste assez inespéré, que je n’aurais pas forcément ailleurs, alors j’estime que c’est un effort nécessaire ! Il y aura des jours meilleurs… En tout cas, j’espère…

-          Je suis vraiment intrigué : si ce n’est pas indiscret, il t’a baissé ton salaire de combien ?

-          Dix pour cent.

-          Hein ? Mais c’est énorme !

-          C’est vrai, mais tu sais, ce n’est pas le plus important pour moi ! Et puis, j’ai fait mes calculs : je peux le supporter, et je continuerai même à bien vivre. Je préfère cela que de tout perdre ou de me retrouver au chômage, même indemnisé… normal, non ? Alors je regarde ce qu’il va me rester, plutôt que ce que je vais perdre… voilà tout !

-          Ouais, enfin… à ton niveau de salaire, ça va être dur… enfin, j’imagine !

-          Soyons honnêtes : je ne suis pas à plaindre ! J’étais vraiment à l’aise avant, je serai encore plutôt bien, après !

Depuis le début de la discussion, un sentiment désagréable avait gagné Jean-Jacques, montant crescendo, sans qu’il s’en rendît réellement compte.

-          Excuse ma curiosité, je sais que cela ne se fait pas… mais je ne résiste pas à la tentation de te demander… tu comprends, je me fais du souci pour toi… en fait, tu gagnes combien ? Bien sûr, ne me le dis pas, si cela te gêne…

Marc répondit sans se faire prier, en précisant qu’il n’avait pas de tabou sur le sujet. Il remarqua que Jean-Jacques avait froncé les sourcils.

-          Que se passe-t-il ? Tu as l’air… comment dire… contrarié.

-          Non, c’est juste que… pour ma part, j’ai été augmenté hier…

-          Et tu t’en veux, tu culpabilises par rapport à moi, c’est ça ? Mais il n’y a pas de rapport ! Tu as été augmenté, moi diminué… ainsi va la vie ! Bon, on va rejoindre les femmes ?

Marc sortit, en portant le plateau chargé des boissons. Jean-Jacques se regarda dans un miroir, et marmonna : « il gagne plus que moi, même après sa diminution… dans une pauvre boîte de transports ! Je n’en reviens pas… ». Il se força à paraître jovial, durant le reste de la soirée.

 

*

 

Le lendemain, dimanche, Isabelle prit la résolution de se rattraper du peu d’intérêt qu’elle avait manifesté pour cette évolution salariale, si chère à son mari. Après tout, s’il en ressentait une telle joie, si c’était pour lui le bonheur, tant mieux ! N’avait-elle pas appris, au cours de son propre cheminement personnel, à respecter les références, la vérité de chacun ? Etait-il simplement décent qu’elle arrivât à offrir cette qualité d’ouverture à ses connaissances, et non à son propre compagnon de vie ?

Après avoir pris leur petit déjeuner, elle lui demanda :

-          « Alors mon chéri, que va te permettre de faire ce nouveau salaire ? As-tu déjà des idées ?

-          Non… mais voilà que le sujet t’intéresse, maintenant ? Répondit-il en bougonnant.

-          Oui, quand même ! Je n’ai jamais prétendu que l’argent n’était pas important…

-          … sais pas… m’en fous…

-          Ah, carrément ?

-          Oui. J’y ai bien réfléchi, qu’est-ce que cela change, finalement ? A partir de lundi, je gagnerai plus. Mais déjà maintenant, je gagne au moins deux fois plus qu’il y a dix ans… et alors ? Je ne trouve pas qu’on soit vraiment à l’aise. Alors que je le voudrais. Le serons-nous davantage demain ? Pas vraiment. Serons-nous vraiment à l’aise un jour ? Je n’en suis pas sûr. Qu’est-ce que mon nouveau salaire va nous permettre de faire de plus ? Pas de rembourser le crédit de la maison, pas de partir en vacances où je le voudrais, peut-être même pas de changer ta vieille voiture…

-          Mais je ne le voudrais pas ! Je suis bien contente, avec ma vieille titine !

-          Ouais, c’est bien le problème… mais tu trouves vraiment qu’elle est en phase avec mes aspirations, ton épave ? De toute façon, tu es tout le temps contente, tu te satisfais de bien peu… mais pas moi : pourquoi nous, on n’aurait pas droit à la grande vie, hein, pourquoi ?

-          Mais notre vie… elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase.

-          Je sais, elle est parfaite comme elle est, j’ai compris ! Bon excuse-moi, mais je vais aller bricoler un peu.

-          … je l’aime, notre vie ! » Après avoir terminé sa phase dans un soupir, Isabelle entendit les pas de son mari, descendant dans son atelier dans lequel il passerait le plus clair de sa journée.

 

*

 

                Lorsqu’elle vit arriver Jean-Jacques le lundi matin, l’assistante de direction fut frappée par le contraste avec son humeur du vendredi soir. A mon avis, lui, il s’est engueulé avec sa femme ce week-end… ou simplement, elle n’a pas voulu… Ah ! Les hommes…        

*

-          « Tu as passé une bonne journée, mon chéri ? demanda Isabelle à l’arrivée de son mari, le lundi soir.

-          Correcte… et il m’est arrivé un drôle de truc.

-          Ah ?

-          Oui, vraiment curieux. Ecoute : tu sais que je n’étais pas bien en forme, je me suis vraiment pris la tête avec cette histoire d’augmentation, ce week-end… je me suis même mis à jalouser Marc, t’imagines ? eh bien, figure-toi que j’ai reçu un mail complètement à propos, qui dit qu’il n’est pas possible d’être satisfait tant qu’on reste dans cette spirale du toujours plus. Etonnant, non ? Oui, je vois bien ton petit sourire… je sais ce que tu penses : que cela revient à ce que tu me soutiens tout le temps… ok, admettons, même si c’est différent… c’est vraiment fouillé et argumenté ! Bref, cet article est bien tombé, et je l’ai lu entre midi et deux, en mangeant un sandwich. Tiens, prends, je te l’ai imprimé. C’est envoyé à partir d’une adresse « évolution perso et pro », à moins que ce ne soit l’inverse. Je ne sais pas comment je me suis retrouvé da

-          ns la liste de diffusion de ces gens, mais cela fait deux ou trois fois qu’ils m’envoient des trucs plutôt sympas.

En tendant la feuille de papier à sa femme, Jean-Jacques, qui s’était mépris sur la raison de son sourire, ne remarqua pas que l’ordinateur, derrière lui, était allumé. L’écran affichait la boîte « courriers envoyés » d’une certaine adresse evolution-perso-et-pro@gmail.com.

 

Fin… de l’épisode.


 

 

 

Au sujet de l’article reçu par Jean-Jacques

 

Il traite du « toujours plus », un des piliers de notre société de consommation (ou pour être plus précis, de notre société du jetable). Il montre que ce cercle infernal est forcément sans fin : en effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, contrairement surtout au simple bon sens, ce qui intéresse la plupart des gens n’est pas ce qu’ils gagnent.

Passé un certain niveau de salaire (celui qui permet d’avoir un toit et de répondre à ses autres besoins essentiels), la source de la motivation liée à l’argent réside dans deux points qui tiennent à la valeur relative de l’argent, et non à sa valeur absolue :

- La vision de ce que je pourrais espérer gagner en plus : parfois, je vais y accéder en partie (par exemple suite à une augmentation de salaire), et je vais l’apprécier… pendant quelque temps seulement ! Car c’est un cercle vicieux : une fois le nouveau gain devenu habituel, « normal », l’aspiration à davantage revient à la charge…

- La comparaison avec l’autre : son collègue, son patron, son voisin, son beau-frère… deuxième cercle vicieux, puisqu’il existera toujours des personnes plus riches que moi, quoi que je fasse !

 

Toutes les études montrent cet état de fait, qui permet d’affirmer clairement que l’argent ne fait pas le bonheur.

Voici sans doute une des raisons pour lesquelles tant de personnes sont malheureuses dans les pays les plus riches du monde. Ceux-ci ont bâti de bien belles choses, mais ont au fil du temps imposé le mensonge que dénonce Alain Souchon (*) : « on nous fait croire… que le bonheur c’est d’avoir… d’en avoir plein nos armoires… dérision de nous, dérisoire ».

Voir « le verre à moitié plein » serait tellement plus bénéfique, ainsi que… trouver le bonheur en soi, plutôt qu’à l’extérieur ! Sans parler de la planète, qui crie « stop ! » et même du système économique, qui nous montre à présent ses limites…

 

 

A suivre…

 

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Commentaires : 4
  • #1

    anne SCHOLLER (dimanche, 28 novembre 2010 21:08)

    Excellente nouvelle qui illustre parfaitement la maladie du "toujours plus"... On croit gagner SA VIE avec beaucoup argent, je crois que l'on gagne surtout l'envie d'en gagner plus encore... Certains individus ont une propension au bonheur, quel que soit leur niveau de revenus, d'autres ne seront jamais heureux, même riches à millons.

  • #2

    Agnès (lundi, 29 novembre 2010 13:23)

    Bonjour Fabien,
    Merci pour cette réflexion. C'est exactement ce que j'essaye de transmettre à mes enfants, les cibles favorites de ce système !
    Il y a du boulot, mais on va y arriver, j'en suis certaine.
    Agnès

  • #3

    Caroll L. (lundi, 29 novembre 2010 14:05)

    Merci pour cette très jolie nouvelle qui une fois de plus nous donne matière à réfléchir sur les véritables valeurs que nous voulons donner à notre vie.
    Personnellement, ce n’est pas tant la réaction de JJ face à son augmentation (finalement un SDR "signe de reconnaissance"– concept 3A du livre des clés, hihi !!) qui m’a choquée que son sentiment de jalousie vis-à-vis de son beau-frère. La plupart d’entre nous – en tout cas ceux qui te lisent- prônent le moins consommer et le mieux vivre. Et pourtant je me demande parfois qui je suis pour m’offusquer du comportement de mes concitoyens ? moi qui suis assise confortablement dans ma maison de banlieue, bien au chaud, le ventre rempli des aliments achetés au supermarché, sans souci d’un rejet éventuel de ma CB, derrière un ordinateur équipé de l’ADSL …. Est-ce que je mérite une médaille parce que j’ai un TV collector (d’ailleurs il faudra bien le changer un de ces jours celui-là, il va bien casser sa pipe, les enfants font des prières en ce sens depuis des lustres en tout cas) ou parce que nous n’avons pas cédé aux sirènes du bô 4x4, en vogue chez nos copains, encore bien plus riches... (ce qui ne m'empêche pas de les adorer ! tout comme je peux aimer cette amie formidable qui porte des manteaux de fourrure; végétarienne de la première heure, j'ai dû déployer des trésors de tolérance pour pouvoir l'accepter). oui parfois, j’ai honte, je me fais l’effet d’une gauche-caviar (même si je n’ai ni les moyens ni l’occasion d’en manger), déconnectée de la réalité. Alors, combien d’entre nous sommes concernés par cette maladie du « toujours plus » ? la crise est passée par là, les pays riches sont noyés sous le flux des sans-emplois, sans abris, de travailleurs pauvres dont le souci principal est de pouvoir couvrir les besoins primeurs de leur famille. Effectivement, le téléviseur dernier cri ou la console hors de prix (encore des SDR à leur façon) règnent parfois en maître dans ces foyers, au prix souvent d’une escalade dans le surendettement. Mais regardons autour de nous, la société à deux vitesses est plus que jamais réelle : il y a ceux qui survivent et qui certes consomment parfois inutilement, et il y a ceux qui ont les moyens de rêver et d’en vouloir toujours plus, et ceux là croyez moi ce sont ceux qui consomment le plus ! bref, ce sont nous, les privilégiés qui nous fourvoyons dans des valeurs fallacieuses ! N’oublions donc pas de rester humbles car la plupart de nos co-terriens ont pour seul souci de passer ce jour décemment tandis que nous rêvons à un monde meilleur, bien installés dans notre petite vie. Alors, en plus de notre résistance face aux sirènes du toujours plus (histoire de rester décents, mais j’ai honte quand même …), recentrons-nous aussi sur l’essentiel qui a trait à l’état de notre âme : fliquons les sentiments négatifs, tels que ceux qui ont gâché le plaisir de JJ … Oui pire que de se réjouir de pouvoir acheter des converses à son ado qui ne comprend décidément rien à nos histoires de décroissance (on sent qu’il y a du vécu dans ta nouvelle Fabien ! si tu as des messages qui passent bien chez les enfants on est preneurs aussi ….), il y a ces sentiments diffus, inavouables, tels que l’envie ou pire la jalousie ! Traçons un joli chemin puisque nous en avons la possibilité (et oui, pour ceux qui ne sont pas assaillis de problèmes financiers, point d’excuses !), soyons des Marc ou des Isabelle et sauvons avec nous les Jean-Jacques ! alors pour toi Fabien qui aime les paroles de Souchon, en voici d’autres chantées par Voulzy : «changeons les choses, changeons le monde avec des bouquets de roses ». Et puisque c’est bientôt noël, en plus des roses, n’hésitons pas à offrir ton livre, à relayer tes idées qui ne peuvent donner rien de mieux que du bonheur !

  • #4

    Claire Saddy (vendredi, 03 décembre 2010 12:19)

    Et pourtant ...:
    « Quand je me considère, je me désole, mais quand je me compare, je me console. »
    Isaïe 12,7-10.13 - Psaume 31,1-2.5.7.10-11 - Galates 2,16.19-21 - Luc 7,36 à 8,3

    Pour ma part, j'ai souvent appliqué cette maxime à l'envers: "Quand je me compare, je me console".

    Quoique ...
    Se servir des autres comme étalon de son propre bonheur, c'est prendre un bien mauvais chemin pour le trouver.

    Alors une dernière citation:
    "Il n'y a pas de chemin vers le bonheur. Le bonheur, c'est le chemin." (Lao Tseu)

    Bravo Fabien. J'ai beaucoup aimé ton dernier livre, à qui je souhaite un beau cheminement ...

    Claire

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