Vous reprendrez bien un peu de krach ?

Des bienfaits de la crise économique...

 

A peine quelques (légers) signes de reprise économique pointent-ils leur nez, que l’on nous annonce déjà la reconduction de certains comportements de l’autre temps…

 

Quel autre temps ? Mais si vous savez, avant… A l’époque où les véhicules américains à la consommation arrogante étaient les plus vendus au monde… Où parler d’écologie vous faisait passer au mieux pour un naïf, au pire pour un dangereux révolutionnaire anticapitaliste… Celle où les économistes libéraux estimaient qu’il fallait laisser le marché s’autoréguler naturellement… Où tout cadre moyen avait les yeux rivés sur les cours de la bourse en imaginant qu’elle monterait toujours… Tout simplement l’époque, pas si lointaine, où nous étions persuadés qu’une banque ne pouvait pas faire faillite ! Et un pays comme l’Islande, encore moins…

Il parait donc que les banques, à peine sauvées par nous, leurs clients (à travers les Etats), retrouvent déjà certains comportements qui ont généré la situation dans laquelle elles se sont engluées : profits indécents, bonus exagérés pour leurs traders… Le même stimulus (l’appât du gain) entraînant la même réaction, tel un chien dans une expérience de Pavlov.

Et comme l’humain est intrinsèquement frein au changement (je ne parle pas d’un changement de voiture, de logiciel ou de lieu de travail !), il se berce d’illusions :

-          Et vous, la reprise, vous la sentez pour quand ? 

-          Oh ! dans mon secteur, je dirais pour le second semestre 2010, au plus tard pour le premier semestre 2011 ! 

Quoi, quelle reprise ? Qui a dit que le monde va, que le monde doit continuer comme avant ? Quels indices le montrent ? Et d’abord, à part ceux qui se cachent la tête dans le sable ou ceux qui en tirent des profits supérieurs à leur conscience personnelle, qui en veut encore, du monde d’avant ?

 

Malgré ces soubresauts d’un monde en voie de disparition, telle une poule étêtée qui gesticule d’autant plus qu’elle est déjà morte, il n’empêche qu’un bout de chemin a bel et bien été parcouru dans le chaos qui nous entoure depuis l’été 2008. Tout demi-tour est certainement impossible.

 

Les Américains ont élu Barack Obama. Cela ne résout pas tout, peut-être même rien à ce jour, mais au moins retrouvons-nous les Etats-Unis dans les conférences internationales, notamment sur le climat. Une nouveauté, comme l’est la récente prise de conscience outre-Atlantique que plus de solidarité et de social y est impératif. Les fanatiques du libéralisme débridé que sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont pour les premiers, été contraints de renationaliser plusieurs de leurs banques afin de les sauver, pour le second, décidé d’étudier la taxation des profits boursiers (taxe Tobin) ! Ce que les prix Nobel n’ont pas réussi à faire créer, a été généré par l’autodestruction du système.

 

Dans les pays occidentaux, la préoccupation environnementale est indéniable. Ce n’est plus un discours de farfelu, mais un sujet incontournable. Bien sûr, je n’évoque pas uniquement le score d’Europe Ecologie aux dernières élections, qui a dépassé tous les pronostics, et sans parti traditionnel questionne la manière habituelle de faire de la politique.

Il y aussi et surtout des changements de comportements.

 

Nombreuses sont les entreprises à s’engager dans une démarche environnementale, avec des répercussions pratiques comme le contrôle de la consommation de papier, le recyclage des ordinateurs ou l’augmentation des réunions virtuelles par téléconférence afin de lutter contre l’habitude de voyager pour de simples réunions (ndlr : le coût carbone des déplacements professionnels avoisine les 100.000 tonnes par an en Europe !)

 

Les grincheux diront que de nombreuses entreprises utilisent l’image écologique à des fins commerciales. C’est parfois vrai, sans aucun doute. Mais dénote cependant d’un virage indiscutable dans les priorités des consommateurs : j’ai ainsi été frappé récemment par un spot publicitaire pour un véhicule français, qui outre son prix bas concluait ses arguments sur le taux de CO2 rejeté (99 g). Pas sur son confort, ni sur sa technologie, ni même en utilisant les courbes d’une belle blonde posant à côté. Idem pour un coupé allemand. Voilà qui était inimaginable il y a un an et demi !

 

Les comportements s’adaptent vers l’entraide, l’écologie et l’économie frappée du sceau du bon sens. Les sites d’organisation de covoiturage fleurissent, de nombreuses entreprises l’encouragent et parfois même l’organisent. La consommation de produits locaux rentre dans les mœurs. Même des fast-foods « nouveau modèle » s’y mettent, sous l’impulsion de grands chefs français ou encore comme l’atteste l’anecdote de la chaîne Mac Donald qui s’est empressée de fermer son enseigne en Islande, ses produits étant devenus trop chers suite à l’inflation qui y sévit. L’exploitant a annoncé qu’il poursuivrait son activité sous une autre enseigne, avec des produits… Locaux !

 

Le nombre de références de produits chimiques autorisés en agriculture se réduit comme peau de chagrin, forçant toute la filière à se réinventer sur un mode « durable ». Ainsi par exemple, les ventes d’engrais chimiques sont en chute libre.

 

Le scandale de la grippe A laissera lui aussi, je crois, des traces positives. Les membres du Conseil de l’Europe lancent une enquête sur l’influence des compagnies pharmaceutiques dans la campagne de vaccination scandaleuse que nous avons subie. Quel rapport avec la crise, me direz-vous ? Mon hypothèse est que les gouvernements occidentaux prennent acte du décrochage des opinions publiques vis-à-vis des politiques de « santé », et qu’on ne leur fera certainement plus prendre des vessies pour des lanternes. La collusion entre l’OMS et les industries pharmaceutiques éclate au grand jour. Les conflits d’intérêt qui y président représentent certainement le plus dangereux virus qui nous ait touchés en 2009 !

Bien sûr, c’était déjà le cas avant la crise. Mais à présent, les lignes bougent : même si c’est encore désordonné, les électeurs comme les gouvernants se rendent compte que la « politique de santé » ne devrait pas être une équation entre production, consommation et profits. A juste titre, non pas à cause de son essence mais de ses dérives, l’industrie pharmaceutique est devenue un des symboles de la mauvaise économie mondiale. Sans doute la plainte de l’Europe est-elle le signe avant-coureur d’un tournant dans ce secteur.

 

Et le bonheur ou au moins le bien-être dans tout ça ? Au début de la crise, j’écrivais dans une de mes lettres (*) qu’il n’y avait aucun rapport entre richesse et sentiment de bonheur. Bien sûr, je ne l’avais pas inventé : c’est un fait avéré, prouvé par de nombreuses études, et qui tient au fait que le bonheur est un « état interne » : un sentiment qui vient de l’intérieur de soi, et non de l’extérieur. En matière de développement personnel, il s’agit là d’une des plus riches découvertes que l’on puisse être amené à faire.

Sur un plan collectif, ce constat semble également aujourd’hui interpeller, à tel point que le concept de « bonheur national brut », en complément et peut-être un jour en remplacement du sacro-saint PIB, intéresse sérieusement plusieurs Etats dont la France en tête, saluée dans ce sens par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Au début des années 2000, il prêchait dans le désert ! Il semble que ce BNB serait composé de trois éléments principaux : l’empreinte écologique, un indicateur de santé sociale et un indicateur de développement durable national. Quelle rupture en vue !

 

Voici là un florilège sinon de bonnes nouvelles, du moins de frémissements intéressants. Une reprise économique à l’ancienne mode ? Je n’y crois pas une seconde, et pourtant à court terme cela m’arrangerait bien, comme chacun d’entre nous je le suppose. Mais uniquement à court terme.

Car la période que nous vivons est bien plus complexe, plus ouverte et donc possiblement plus enthousiasmante. Au lieu d’énoncer en 2040 des excuses à nos petits-enfants pour les dégâts qu’auront causés nos générations, nous avons l’occasion de leur raconter comment nous aurons participé au virage positif et déterminant qu’a pris le monde dans cette période folle. Il faut simplement le vouloir, affronter nos peurs, mesurer les risques et les enjeux. Tel le colibri, agir chacun à son niveau (**), en étant conscient que c’est la seule manière d’avancer : le pouvoir n’étant plus aux mains des politiques mais de l’économie, notre seule véritable bulletin de vote est notre carte bleue (quantité, qualité, local ou non, transformé ou non, bio ou non, équitable ou non, chimique ou non, entreprise citoyenne ou non…).

Relire ses classiques et réaliser que ce que nous traversons est sans doute une période de deuil, dans le vrai sens du terme. Comme après avoir perdu un être cher, une situation ou ses illusions, nous pouvons accepter la réalité, voir tout ce qu’elle présente de positif et décider de la vivre dans « l’ici et maintenant », plutôt que dans le passé, ses avantages, son confort et ses habitudes. Avant, c’était avant.

 

Si l’homme peut être cupide, il a aussi montré tout au long de l’histoire ses capacités d’adaptation phénoménales, y compris et surtout au sortir des épisodes les plus douloureux. Après des siècles de guerres quasi permanentes, qui aurait parié dans les années 40 que l’Europe deviendrait une des prinipales zones de stabilité dans le monde, sous l’égide des ennemis mortels qu’étaient l’Allemagne et la France ?

 

Quel serait le bon modèle ? Je l’ignore, et sans doute les prix Nobel d’économie ne le savent-ils pas eux-mêmes dans le détail. Mais je suis persuadé que le modèle de croissance continue a vécu. Pourquoi faudrait-il toujours plus ? Serait-ce donc gravé sur une sorte de Table des Lois ? Heureusement que non, puisque le monde ne le peut plus.

Or, l’alternative à la dictature de la croissance continue n’est pas la « décroissance » comme le nomment généralement ceux qui veulent s’en moquer, mais la « sobriété heureuse » que symbolise joliment l’histoire du pêcheur mexicain (merci à Stéphane !).

Espérons que nous n’aurons pas besoin d’autres krachs pour le comprendre.

 

Le  pêcheur mexicain

 

Au  bord de l'eau dans un petit village côtier mexicain, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs poissons. L'Américain complimente le pêcheur sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il  lui a fallu pour les capturer :

-          Pas très longtemps, répond le Mexicain.

-          Mais alors, pourquoi  n'êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ?

Le Mexicain répond que ces quelques poissons  suffiront à subvenir aux besoins de sa famille.
L'Américain  demande alors :

-          Mais que faites-vous le reste du temps?

-          Je  fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais  la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie !

L'Américain  l'interrompt :

-          J'ai un MBA de l'université de Harvard et je peux vous  aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec  l'argent
que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu'à ce que vous possédiez une flotte de  chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous  pourriez négocier directement avec l'usine, et même ouvrir votre propre  usine. Vous pourriez
alors quitter votre petit village pour Mexico City,  Los Angeles, puis peut-être New York, d'où vous dirigeriez toutes vos  affaires. "

Le Mexicain demande alors :

-          Combien de temps cela  prendrait-il ?

-          15 à 20 ans.

-          Et après ?

-          Après, c'est là que ça devient intéressant, répond l'Américain en riant. Quand le moment sera venu, vous  pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions !

-          Des millions ? Mais après ?

-          Après, vous pourrez prendre votre  retraite, acheter une maison au bord de la mer, par exemple dans un authentique village de pêcheurs, faire la grasse matinée,  jouer avec vos petits-enfants, pêcher un
peu, faire la sieste avec votre  femme et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos  amis !

 

_____________________________________________________________________________________

 

(1)   http://www.fabienrodhain.com/2009/01/12/ecoutez-d-où-mon-espoir-vient/ et http://www.fabienrodhain.com/2009/02/13/ecoutez-d-où-mon-espoir-vient-2/

 

(2)  http://www.fabienrodhain.com/2009/12/01/quelle-sorte-de-colibri-êtes-vous/

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Lettre 2010 02 - Vous reprendre bien un
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Commentaires : 3
  • #1

    LarueGourmande (dimanche, 21 février 2010 17:41)

    Bonjour Fabien,
    J'aime bien l'idée du BNB !
    Capitalisons pour nos enfants !
    "A la bourse de la vie, notre portefeuille sera bien rempli, famille, amis, les joies bien placées pourrons nous rapporter,et notre amour pour eux ne jamais décoter"
    Voilà comment boursicoter sereinement...On peut en rêver, cela sera au moins un bon début!
    Et oui, ce pêcheur mexicain a tout compris !Tout est dit!
    Merci,

  • #2

    Le papillon (jeudi, 25 février 2010 13:36)

    Bonjour Fabien,
    Géniale cette petite histoire de pêcheur mexicain, tout y est dit!
    J'aime bien le terme "sobriété heureuse" je l'entends comme la pratique d'un art de vivre fait de simplicité et d'une grande joie (richesse)intérieure.
    Merci à vous
    Cordialement

  • #3

    ternier (samedi, 27 février 2010 10:38)

    belle histoire qui me rappelle le savetier et le financier....être ou avoir conjugons le verbe ""Etravoir" à plus

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